GOOD BANA

GOOD BANA

À propos

« La vie va trop vite », affirme Good Bana. Pas le temps de tergiverser, de trop réfléchir. Il faut créer, montrer au monde son univers coûte que coûte, rentrer dans le vif du sujet. Voilà pourquoi la plupart des morceaux du rappeur-chanteur commencent d’une traite, sans artifice, par cette voix perçante qui le caractérise et par laquelle fusent les questionnements. Entre les fibres de la cagoule traverse une musique totalement à part, faite de mélodies épiques et de doutes, sculptée depuis 2020 à l’abri des regards puis délivrée parce que le besoin de s’exprimer est plus fort que celui de se protéger par l’anonymat. De Good Bana, on ne sait rien, si ce n’est ce qu’il a à offrir : une série de singles retentissants comme Millions d’heures ou Couleur Cactus qui l’ont propulsé au rang de nouvel espoir d’un genre mouvant, puis un projet à venir, intitulé V-ivre, première ligne discographique déjà aboutie.

 

A défaut d’un visage, c’est donc une musique que le public peut contempler. Afin de préserver sa vie privée, le musicien a choisi la discrétion, garantie d’authenticité : « J’aime profondément les rapports humains, je ne veux pas être traité différemment au quotidien parce que je fais de la musique. Mais je ne me donne pas de rôle. Je parle de mes expériences, de ce que je vis. L’essentiel, je ne le cache pas. » L’essentiel, donc, pour ce producteur et interprète qui maîtrise sa création de bout en bout, c’est une vision du monde qui s’étale dans la recherche éperdue de la simplicité, dans le désir de viser juste sans sonner faux. Exit les couplets à rallonge qu’il écrivait gamin pour se faire la main, place à l’expression aérienne des sentiments. « Je me suis rendu compte que j’aimais le silence, que la musique, c’était aussi savoir quand laisser de l’espace. » Avec V-ivre, synthèse de trois années de travail, les silences et les éléments retentissent désormais haut et fort.

 

Good Bana n’est pas un personnage. Tout ce qu’il chante est vrai, et entre les lignes, on perçoit quelques bribes biographiques concédées. Il vient d’une cité, ne le cache en rien, est assailli par les excès, qu’ils soient vertueux ou vicieux. « On vit dans l’ivresse au jour le jour, parfois sans s’en rendre compte, éclaire-t-il. Que ce soit dans les rencontres, les relations, la nourriture, les écrans, les addictions, l’ivresse d’amour… C’est notre carburant, ce qui remplit la page blanche. » D’où le titre de son EP. Dès 2020 donc, Good Bana a couché cette idée sur le papier avec le morceau Bim Bam Boum, fondu dans entre les sonorités house et rap, se démarquant déjà de ses pairs. Dans la solitude créatrice, seulement brisée par la présence de son co producteur avec qui il façonne cet univers, ont émergé les titres comme Lollipop (en featuring avec Dyor et JFK), Onlyfans, ou Les Humains, prouvant que le rap, les sonorités pop, R’n’B ou nigérianes peuvent toutes être mobilisées. À condition de transmettre quelque chose.

 

C’est avec Couleur Cactus en 2022, qu’il a également interprété en session acoustique avec la harpiste ptiteolympe, puis Millions d’heures en 2023 que Good Bana a changé de dimension. Mais les centaines de milliers de streams ne l’ont en rien dévié de son but artistique. Au contraire. V-ivre ne fait pas office de carte de visite ou d’étalage de ses compétences musicales. C’est le résultat d’années à chérir la cohérence. « J’aime beaucoup la house ou les musiques afro, oui, mais ce projet est avant tout tel que j’avais envie de le faire. » Les stratégies, ça va deux minutes. On l’entend donc sur le titre Vagabond, armé du piano qu’il privilégie bien souvent, entamer V-ivre par une note d’intention : « Je sais d’où je viens, je sais qui je suis et je sais où je vais. » Les paroles de Good Bana résonnent comme des mantras, des preuves de sa détermination, sur une production qui voit les éléments sonores s’ajouter progressivement, comme on bâtit un socle solide à son expression.

 

Sur le morceau Encore, les chœurs majestueux épaulent cette ode à la guérison, à la lumière entrevue dans la dépression, sans rythmique, laissant les arrangements harmoniques supporter une complainte désabusée et incarnée. Un titre qui tranche avec Habitué, bien plus radical et virulent, qui fait jaillir l’agressivité auparavant contenue, les voix qui se démultiplient, qui explosent en grandes digressions mélodiques et en paroles crues. Ce besoin d’exutoire habite également le titre 1942, plus proche du rap, qui conte la complexité des ressentis amoureux et les doutes qui en proviennent. Les conséquences néfastes d’une histoire sentimentale apparaissent sans fard, dans le chaos. Et puis, vient le mystérieux A la fête, où la voix du chanteur semble jouer avec une production peuplée de basses profondes et de regrets, de hit-hats effrénés et de contradictions. « Le cri du silence me perce les tympans », y scande-t-il. Alors, Good Bana le brise par la musique, par ce premier projet qui dévoile un artiste dans toute sa complexité. Car ce qui compte, ça n’est pas ce qui se masque derrière la cagoule, mais ce qui en émane.

 

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